Origines et fondation de l’atelier
Gustave-Adolphe Huguenin naquit le 19 mai 1813 aux Ponts-de-Martel, village du canton de Neuchâtel où il s’éteignit le 12 septembre 1895. D’abord instituteur, il abandonna rapidement l’enseignement pour se consacrer à l’industrie horlogère, en fondant un atelier d’établissage dans son village natal. Dès les années 1840, il figure dans les registres comme négociant et fabricant d’horlogerie. En 1859, fort de sa réputation de fabricant et de commerçant, il fit ériger une grande maison-atelier à l’ouest de la place principale du village. Profondément attaché au mouvement des Frères de Plymouth (darbyistes), Huguenin réserva le dernier étage de cet édifice comme lieu de culte communautaire. Son atelier devint un véritable moteur économique local, offrant un emploi à de nombreux horlogers des Ponts-de-Martel.
Une entreprise familiale
L’entreprise reposait sur un savoir-faire familial étroitement réparti entre ses enfants : Georges officiait comme remonteur, César comme visiteur, chargé du contrôle qualité des travaux sous-traités, tandis que leur sœur Emma supervisait les réglages de précision.
Expansion commerciale et rayonnement international
La maison se spécialisa dans la fabrication de pièces de haute qualité et de finition soignée, s’assurant une clientèle très sélecte à l’étranger, principalement au sein des cours nobles d’Espagne et du Portugal.
La société « G. A. Huguenin & Fils » et ses distinctions
Vers 1872, la firme familiale fut officiellement constituée en société en nom collectif sous la raison sociale G. A. HUGUENIN & FILS, associant Gustave-Adolphe à ses fils Georges et César. Sous cette structure, la manufacture atteignit les plus hauts sommets du prestige international, obtenant d’importantes distinctions en haute chronométrie :
1885 — Deuxième prix au concours de chronométrie de l’Observatoire astronomique de Neuchâtel, pour une montre de poche équipée d’un échappement à tourbillon et d’un calendrier perpétuel, réglée par le maître régleur U. Wehrly.
1877 — Médaille de bronze à l’Exposition universelle de Paris.
1888 — Médaille d’or à l’Exposition universelle de Barcelone, consacrant le renom de la maison sur le marché espagnol.
1889 — Deuxième prix au concours de chronométrie de l’Observatoire de Neuchâtel, pour une montre de poche à échappement à bascule.
Malgré cette prospérité, la maison essuya de sérieux revers financiers : les crises conjoncturelles de l’époque, la perte d’actifs en Espagne à la suite d’une mission de recouvrement infructueuse confiée à son fils cadet, Philémon et le naufrage en Méditerranée d’un chargement de montres de valeur.
Dissolution et la branche de Saint-Sébastien
Avec l’âge, Gustave-Adolphe se retira des affaires. La société en nom collectif fut officiellement dissoute le 13 mai 1892 : la liquidation du siège des Ponts-de-Martel fut confiée à Georges, tandis que celle de la délégation de Barcelone incomba à César.
Ce dernier s’était établi définitivement en Espagne en raison de la crise horlogère des années 1880 dans le Jura, fondant un commerce d’horlogerie réputé à Saint-Sébastien. Marié à Emma Tissot-Daguette — fille du fondateur de la manufacture Charles-Félicien Tissot du Locle —, ils commercialisèrent leur propre marque « Huguenin-Tissot / Genève », mais il y décéda le 22 novembre 1893.
Après sa mort, son fils aîné Henri Huguenin reprit l’entreprise familiale à Saint-Sébastien. La continuité du négoce horloger suisse dans la ville fut ensuite assurée par le frère de ce dernier, César Huguenin, qui y travailla jusqu’à sa mort en 1986, clôturant ainsi le parcours de cette branche du lignage Huguenin en Espagne.
Origines et fondation de la maison
Auguste Huguenin-Bergenat naquit en 1808 dans le canton de Neuchâtel, issu d’une lignée d’horlogers solidement enracinée dans les montagnes du Jura suisse. Ses grands-parents paternels, Isaac Huguenin-Bergenat et Marie Elisabeth Huguenin, avaient établi la famille dans cette région où l’horlogerie constituait depuis longtemps l’activité économique dominante. Son père, Charles Henry Huguenin-Bergenat (1769–1835), et sa mère, Judith Marie Jaquet (née en 1778), lui transmirent cet héritage artisanal. Le 15 mai 1831, les admonestations de son mariage avec Julie Nussbaum (1811–1871) furent publiées à La Chaux-du-Milieu, fondant ainsi le foyer qui allait donner naissance à la maison horlogère. Auguste s’établit au Locle, où il développa une activité de négociant et fabricant d’horlogerie, spécialisé dans les montres de précision avec bulletin de marche, les complications — musique, automates, indicateurs, thermomètres, calendriers perpétuels, phases lunaires — ainsi que dans la fabrication de chronomètres.
Une entreprise familiale
De son union avec Julie Nussbaum naquirent dix enfants, dont plusieurs fils qui rejoignirent progressivement les ateliers paternels : Fritz Henri (1832), Louis (1835), William Edouard (1838), Henri Tell (1840), Charles Henri (1842), Edouard (1848) et Jules Auguste (1850). Cette présence familiale croissante se refléta naturellement dans l’évolution de la raison sociale : la marque originale A. HUGUENIN / LOCLE, à nom du seul fondateur, céda la place à A. HUGUENIN & SON / LOCLE lors de l’incorporation des premiers fils en âge de travailler, avant de se constituer formellement en A. HUGUENIN & FILS / LOCLE lors de l’association de plusieurs d’entre eux à la direction de la maison.
Rayonnement technique et international
La maison se distingua par une présence soutenue aux concours de chronométrie de l’Observatoire astronomique de Neuchâtel entre 1871 et 1879, où elle soumit régulièrement des montres de poche et chronomètres de bord à échappement à ancre, à bascule et à ressort, obtenant des résultats qui confirmèrent son niveau technique. En 1877, à l’Exposition de Philadelphie, la maison présenta une pièce remarquable : une montre à échappement tourbillon dont le mécanisme était disposé de façon à neutraliser toutes les variations résultant des changements de position de l’instrument. Cette démonstration de maîtrise chronométrique fut couronnée d’une Mention Honorable à Paris en 1867. Parallèlement, la firme développa une forte présence internationale, disposant notamment d’une maison à Melbourne, en Australie, spécialisée dans l’horlogerie soignée et compliquée, les répétitions et les chronographes-compteurs.
La société « A. Huguenin & Fils » et sa marque
En novembre 1880, la raison sociale fut officiellement enregistrée sous la marque nº 35 : A. Huguenin & Fils, Locle, dont le siège était établi au 275 rue de l’Hôtel-de-Ville au Locle. Parmi les fils, William Edouard Huguenin-Bergenat (1838–1888) joua un rôle déterminant dans l’expansion technique de la maison, notamment à travers l’obtention de brevets américains relatifs aux mécanismes de répétition en 1881–1882, témoignant d’une ambition commerciale tournée vers les marchés anglo-saxons.
Dissolution
Le déclin de la maison fut précipité par la disparition successive de ses forces vives : William Edouard s’éteignit en 1888 et Charles Henri en 1890. Dès cette période, la trace de la firme disparaît des annuaires horlogers. La marque nº 35 fut finalement radiée en mai 1901 par le Bureau suisse des marques, pour cause de non-renouvellement à l’expiration du délai légal de vingt ans — aucun héritier n’ayant sollicité sa prorogation, clôturant ainsi définitivement l’histoire de cette branche du lignage Huguenin au Locle.
Note : La maison A. Huguenin & Fils du Locle, fondée par Auguste Huguenin-Bergenat, ne doit pas être confondue avec la maison A. Huguenin Fils de Bienne, fondée par Alfred Huguenin (Virchaux), entité distincte tant par ses origines familiales que par son implantation géographique.