Gustave-Adolphe Huguenin (Vuillemin)

Gustave-Adolphe Huguenin, horloger (1813-1895)

Origines et fondation de l’atelier

Gustave-Adolphe Huguenin naquit le 19 mai 1813 aux Ponts-de-Martel, village du canton de Neuchâtel où il s’éteignit le 12 septembre 1895. D’abord instituteur, il abandonna rapidement l’enseignement pour se consacrer à l’industrie horlogère, en fondant un atelier d’établissage dans son village natal. Dès les années 1840, il figure dans les registres comme négociant et fabricant d’horlogerie. En 1859, fort de sa réputation de fabricant et de commerçant, il fit ériger une grande maison-atelier à l’ouest de la place principale du village. Profondément attaché au mouvement des Frères de Plymouth (darbyistes), Huguenin réserva le dernier étage de cet édifice comme lieu de culte communautaire. Son atelier devint un véritable moteur économique local, offrant un emploi à de nombreux horlogers des Ponts-de-Martel.

Savonnette du G. A. Huguenin n° 42610, trois couvercles en or 18 carats, poinçon de maître DB en cartouche ovale. Boîtier de profil lenticulaire à carrure haute et couronne cannelée, entièrement recouvert d'un décor ciselé et guilloché à la main d'une exceptionnelle densité et finesse d'exécution : le couvercle supérieur présente en médaillon central une tête d'animal sauvage finement ciselée en haut relief, encadrée de zones concentriques alternant guillochage géométrique rayonnant, motifs d'étoiles et rinceaux en volutes, tandis que le fond arbore un médaillon floral central — bouquet de fleurs épanouies en haut relief — ceint du même vocabulaire décoratif néo-rococo. © Courtoisie de http://www.antiguedades.es/
Montre de poche G. A. Huguenin, Ponts-de-Martel, n° 42610, vers 1867, antérieure à la constitution de la société G. A. Huguenin & Fils. Cadran victorien « genre Espagne » à fond argenté, ciselé uniquement dans la zone centrale autour du motif en microrelief doré, le champ horaire et la périphérie restant lisses, orné d'aiguilles fleur-de-lys en acier bleui. Mouvement 15 rubis à platine trois-quarts à ponts, de construction classique jurassienne — architecture caractéristique de l'école neuchâteloise —, calibre à remontage et mise à l'heure par clé avec bouchon de sûreté à modo de virole de clé, équipé d'un échappement à ancre en ligne droite à levées visibles, d'un spiral Breguet et d'un balancier bimétallique coupé à vis de compensation. Pivotement sur rubis à pierres simples percées, à l'exception de l'axe de balancier monté sur contre-pivot.

Une entreprise familiale

L’entreprise reposait sur un savoir-faire familial étroitement réparti entre ses enfants : Georges officiait comme remonteur, César comme visiteur, chargé du contrôle qualité des travaux sous-traités, tandis que leur sœur Emma supervisait les réglages de précision.

Expansion commerciale et rayonnement international

La maison se spécialisa dans la fabrication de pièces de haute qualité et de finition soignée, s’assurant une clientèle très sélecte à l’étranger, principalement au sein des cours nobles d’Espagne et du Portugal.

Montre de poche G. A. Huguenin & Fils, Ponts-de-Martel, Neuchâtel, Suisse, n° 55596, circa 1873. Savonnette trois couvercles en or 18 carats, boîtier poinçonné JV en cartouche rectangulaire, à décor guilloché et émail noir, orné au centre d'un motif joaillier serti de diamants taille rose. Cadran victorien « genre Espagne » remarquable par son fond finement ciselé au pointillé, offrant une texture mate et granulée qui met en valeur de délicates entrelacs gravés entre les heures et des motifs floraux en relief doré, aiguilles Poiré Stuart en acier bleui. Mouvement 15 rubis à platine trois-quarts à ponts, de construction classique jurassienne — architecture caractéristique de l'école neuchâteloise, distincte de la platine pleine de tradition anglaise —, calibre à remontage et mise à l'heure par clé, équipé d'un échappement à ancre en ligne droite à levées visibles, d'un régulateur à raquette et d'un balancier à vis façon compensé (anneau continu non coupé), pivotement sur rubis à pierres percées sertis sous chatons dorés vissés, avec vis en acier bleui sur la platine en laiton doré. © Courtoisie de http://www.antiguedades.es/
Machine à arrondir. Outil d'atelier en laiton et acier sur socle en bois, ayant appartenu à Gustave-Adolphe Huguenin. Destinée à la rectification finale des engrenages, cette machine permettait de parfaire le diamètre extérieur, la concentricité et le profil cycloïdal des dents des roues de laiton afin d'optimiser l'engrènement et de réduire les frictions dans le mouvement. (Photo : Heidi Viredaz-Barder).

La société « G. A. Huguenin & Fils » et ses distinctions

Vers 1872, la firme familiale fut officiellement constituée en société en nom collectif sous la raison sociale G. A. HUGUENIN & FILS, associant Gustave-Adolphe à ses fils Georges et César. Sous cette structure, la manufacture atteignit les plus hauts sommets du prestige international, obtenant d’importantes distinctions en haute chronométrie :

1885 — Deuxième prix au concours de chronométrie de l’Observatoire astronomique de Neuchâtel, pour une montre de poche équipée d’un échappement à tourbillon et d’un calendrier perpétuel, réglée par le maître régleur U. Wehrly.

1877 — Médaille de bronze à l’Exposition universelle de Paris.

1888 — Médaille d’or à l’Exposition universelle de Barcelone, consacrant le renom de la maison sur le marché espagnol.

1889 — Deuxième prix au concours de chronométrie de l’Observatoire de Neuchâtel, pour une montre de poche à échappement à bascule.

Malgré cette prospérité, la maison essuya de sérieux revers financiers : les crises conjoncturelles de l’époque, la perte d’actifs en Espagne à la suite d’une mission de recouvrement infructueuse confiée à son fils cadet, Philémon et le naufrage en Méditerranée d’un chargement de montres de valeur.

G.A. Huguenin & Fils 74785 pocket watch
Mouvement G. A. Huguenin & Fils, Ponts-de-Martel, n° 74785. 19 lignes. Cadran victorien « genre Espagne » à fond argenté finement ciselé de rinceaux géométriques en forme de piques inversées — rappelant des cœurs — sous chaque espace interhoraire, le décor central en microrrelieve doré figurant une corbeille ou un panier fleuri débordant de roses, entouré d'une guirlande périphérique dorée aux motifs de rosaces alternées, chiffres romains peints au noir de fumée. Calibre à remontoir au pendant, mise à l'heure par poussette à 4h, et échappement à ancre en ligne droite, se distinguant par la haute qualité de son contre-pivot en rubis sur l'axe de balancier.
G.A. Huguenin & Fils no. 127576 pocket watch
Savonnette G. A. Huguenin & Fils, Ponts-de-Martel, 19 lignes, n° 127576, circa 1882, trois couvercles en or 18 carats, poinçon Helvetia — attestant une fabrication postérieure à la loi de 1880 sur le contrôle des métaux précieux —, boîtier de profil lenticulaire à carrure lisse et couronne cannelée, dont le couvercle supérieur présente une ornementation d'exception à deux registres : un fond entièrement couvert de rinceaux et motifs foliacés finement ciselés en or, au centre duquel s'inscrit un médaillon ovale en niello noir représentant un sanglier en mouvement, encadré d'un second médaillon en niello à décor d'oiseau et fleurs. Cadran victorien « genre Espagne » à fond argenté entièrement ciselé, motif central en microrelief doré de grande densité et guirlande périmérique dorée, chiffres romains peints au noir de fumée et aiguilles Poiré Stuart en acier bleui, signé G. A. Huguenin & Fils / Ponts-Martel. Mouvement 16 rubis à ponts, calibre remontoir au pendant, échappement ancre ligne droite, spiral Breguet. © https://www.antiguedadestecnicas.com/
Mouvement de montre de poche G. A. Huguenin & Fils, Ponts-de-Martel, n° 89584, 19 lignes, vers 1878, conservé dans un boîtier technique en PVC transparent. Cadran victorien « genre Espagne » à fond argenté entièrement ciselé — motifs en spirales à trois niveaux concentriques croissants occupant chaque espace interhoraire, accompagnant un motif central en microrelief doré et une guirlande périphérique dorée —, chiffres romains pour les heures et chiffres arabes pour la trotteuse, peints à la main au noir de fumée, aiguilles Poiré Stuart en acier bleui. Mouvement à ponts, de construction classique jurassienne. Calibre remontoir au pendant et mise à l'heure par poussette à 4h. Équipé d'un échappement à ancre en ligne droite à levées visibles et palette en acier, et d'un balancier à vis façon compensé (anneau continu non coupé), spiral plat et régulateur à raquette avec index gradué. Pivotement sur rubis à pierres simples percées, à l'exception de l'axe de balancier monté sur contre-pivots. Collection de l'auteur.

Dissolution et la branche de Saint-Sébastien

Avec l’âge, Gustave-Adolphe se retira des affaires. La société en nom collectif fut officiellement dissoute le 13 mai 1892 : la liquidation du siège des Ponts-de-Martel fut confiée à Georges, tandis que celle de la délégation de Barcelone incomba à César.

Ce dernier s’était établi définitivement en Espagne en raison de la crise horlogère des années 1880 dans le Jura, fondant un commerce d’horlogerie réputé à Saint-Sébastien. Marié à Emma Tissot-Daguette — fille du fondateur de la manufacture Charles-Félicien Tissot du Locle —, ils commercialisèrent leur propre marque « Huguenin-Tissot / Genève », mais il y décéda le 22 novembre 1893.

Après sa mort, son fils aîné Henri Huguenin reprit l’entreprise familiale à Saint-Sébastien. La continuité du négoce horloger suisse dans la ville fut ensuite assurée par le frère de ce dernier, César Huguenin, qui y travailla jusqu’à sa mort en 1986, clôturant ainsi le parcours de cette branche du lignage Huguenin en Espagne.

Auguste Huguenin (Bergenat)

Origines et fondation de la maison

Auguste Huguenin-Bergenat naquit en 1808 dans le canton de Neuchâtel, issu d’une lignée d’horlogers solidement enracinée dans les montagnes du Jura suisse. Ses grands-parents paternels, Isaac Huguenin-Bergenat et Marie Elisabeth Huguenin, avaient établi la famille dans cette région où l’horlogerie constituait depuis longtemps l’activité économique dominante. Son père, Charles Henry Huguenin-Bergenat (1769–1835), et sa mère, Judith Marie Jaquet (née en 1778), lui transmirent cet héritage artisanal. Le 15 mai 1831, les admonestations de son mariage avec Julie Nussbaum (1811–1871) furent publiées à La Chaux-du-Milieu, fondant ainsi le foyer qui allait donner naissance à la maison horlogère. Auguste s’établit au Locle, où il développa une activité de négociant et fabricant d’horlogerie, spécialisé dans les montres de précision avec bulletin de marche, les complications — musique, automates, indicateurs, thermomètres, calendriers perpétuels, phases lunaires — ainsi que dans la fabrication de chronomètres.

Une entreprise familiale

De son union avec Julie Nussbaum naquirent dix enfants, dont plusieurs fils qui rejoignirent progressivement les ateliers paternels : Fritz Henri (1832), Louis (1835), William Edouard (1838), Henri Tell (1840), Charles Henri (1842), Edouard (1848) et Jules Auguste (1850). Cette présence familiale croissante se refléta naturellement dans l’évolution de la raison sociale : la marque originale A. HUGUENIN / LOCLE, à nom du seul fondateur, céda la place à A. HUGUENIN & SON / LOCLE lors de l’incorporation des premiers fils en âge de travailler, avant de se constituer formellement en A. HUGUENIN & FILS / LOCLE lors de l’association de plusieurs d’entre eux à la direction de la maison.

1880. Annonce publicitaire d'A. Huguenin & Fils.
Enregistrement officiel de la marque de fabrique nº 35, déposé en 1881. Le logotype d'A. Huguenin & fils (indiqué A. Huguenin & Sons - Locle sur le graphisme du ruban entrelacé pour le marché d'exportation) est destiné aux montres et chronomètres.

Rayonnement technique et international

La maison se distingua par une présence soutenue aux concours de chronométrie de l’Observatoire astronomique de Neuchâtel entre 1871 et 1879, où elle soumit régulièrement des montres de poche et chronomètres de bord à échappement à ancre, à bascule et à ressort, obtenant des résultats qui confirmèrent son niveau technique. En 1877, à l’Exposition de Philadelphie, la maison présenta une pièce remarquable : une montre à échappement tourbillon dont le mécanisme était disposé de façon à neutraliser toutes les variations résultant des changements de position de l’instrument. Cette démonstration de maîtrise chronométrique fut couronnée d’une Mention Honorable à Paris en 1867. Parallèlement, la firme développa une forte présence internationale, disposant notamment d’une maison à Melbourne, en Australie, spécialisée dans l’horlogerie soignée et compliquée, les répétitions et les chronographes-compteurs.

La société « A. Huguenin & Fils » et sa marque

En novembre 1880, la raison sociale fut officiellement enregistrée sous la marque nº 35 : A. Huguenin & Fils, Locle, dont le siège était établi au 275 rue de l’Hôtel-de-Ville au Locle. Parmi les fils, William Edouard Huguenin-Bergenat (1838–1888) joua un rôle déterminant dans l’expansion technique de la maison, notamment à travers l’obtention de brevets américains relatifs aux mécanismes de répétition en 1881–1882, témoignant d’une ambition commerciale tournée vers les marchés anglo-saxons.

Dissolution

Le déclin de la maison fut précipité par la disparition successive de ses forces vives : William Edouard s’éteignit en 1888 et Charles Henri en 1890. Dès cette période, la trace de la firme disparaît des annuaires horlogers. La marque nº 35 fut finalement radiée en mai 1901 par le Bureau suisse des marques, pour cause de non-renouvellement à l’expiration du délai légal de vingt ans — aucun héritier n’ayant sollicité sa prorogation, clôturant ainsi définitivement l’histoire de cette branche du lignage Huguenin au Locle.

Note : La maison A. Huguenin & Fils du Locle, fondée par Auguste Huguenin-Bergenat, ne doit pas être confondue avec la maison A. Huguenin Fils de Bienne, fondée par Alfred Huguenin (Virchaux), entité distincte tant par ses origines familiales que par son implantation géographique.

Circular black-and-white seal featuring the name Ramón Campos, researcher of 19th-century Swiss watchmaking and early fountain pens.