Sa Production Genre Espagne
Les Favre-Bulle : l’excellence horlogère en héritage
Au cœur du XIXe siècle, une époque où le Jura neuchâtelois façonnait l’avenir de la mesure du temps, James-Emile Favre-Fallet s’est imposé comme une figure marquante de l’industrie horlogère de Saint-Imier. Né Favre-Bulle et époux d’Ida Fallet, il est issu d’une lignée dont l’origine remonte aux pionniers tels que Daniel Jean-Richard, et a su transformer un héritage familial technique en une manufacture organisée et respectée.
Une structure industrielle et une identité de marque forte
Loin de l’image du simple artisan, les archives et les annonces de presse de l’époque révèlent que James-Emile dirigeait une véritable Fabrique d’horlogerie. En sollicitant des profils spécialisés — engasteurs, pivoteurs d’échappements, horlogers-acheveurs — il démontrait une gestion moderne de la production de mouvements, cadrans et boîtes de montres.
Cette ambition industrielle s’est traduite par le dépôt de plusieurs marques emblématiques qui témoignent de la diversité et de la qualité de sa production :
- OLIVARY : Commercialisée avec sa devise si particulière, “Non in Tenebris” (Pas dans les ténèbres). Ce lema, gravé sur ses pièces, symbolisait une quête de précision absolue, une lumière apportée à la mécanique pour garantir la fiabilité de ses montres, notamment celles du style genre espagne.
- HÉLICE (dépôt du 15 février 1889) : Une marque qui illustre la précision technique de ses mouvements.
- FAVORY (dépôt du 17 septembre 1890) : Identifiée par un cadran stylisé.
- JFF (dépôt du 25 septembre 1890) : Le monogramme classique de la maison.
- LA PERLE (dépôt du 4 septembre 1891) : Symbole de la finesse de ses réalisations. À en juger par les exemplaires parvenus jusqu’à nous, il semble que James-Emile Favre-Fallet ait spécialisé cette marque particulière pour ses modèles de montres de poche de grand format, communément appelés “Goliath”.
Ces dépôts de marques, enregistrés auprès du bureau de Saint-Imier, confirment que James-Emile gérait son activité avec une stratégie de marché très définie, protégeant son savoir-faire sous des identités fortes et mémorisables.
Malgré une période d’activité relativement courte, cette pièce remarquable de James Favre-Fallet (n° 106.807) a su démontrer sa haute précision lors des épreuves d’observation. Avec une marche diurne moyenne exemplaire de -0,12 secondes et une variation de seulement 0,52 secondes, ce chronomètre témoigne du savoir-faire technique qui caractérisait la production de Saint-Imier à cette époque.
James-Emile occupait également une position influente au sein de Syndicat des Fabricants d’horlogerie et des fabriques d’ébauches, où il représentait spécifiquement les fabricants en tant que délégué, illustrant ainsi sa reconnaissance et son engagement actif dans la défense des intérêts industriels locaux.
La fin d’un bâtisseur et le passage de témoin
La carrière de James-Emile fut brutalement interrompue par une “longue et pénible maladie” qui l’emporta le 3 mars 1895, à l’âge de 47 ans. Cependant, l’homme avait su anticiper la pérennité de son œuvre. Dès 1890, il avait accordé sa procuration à son fils, Jämes-Albert Favre-Bulle, assurant ainsi une transition ordonnée. En 1892, la maison est radiée sous son nom initial, et c’est sous la raison sociale “J. Favre fils” que le commerce continue, reprenant l’actif et le passif de l’entreprise familiale.
L’héritage : vers Zenith
L’histoire de la lignée ne s’arrête pas à Saint-Imier. Jämes-Albert Favre-Bulle, déjà actif dans l’entreprise paternelle « J. Favre fils » après la mort de son père, rejoint bientôt la structure de son oncle paternel, Georges Favre-Jacot (Zenith), au Locle. Bien avant son mariage en 1904 avec sa cousine germaine Fernande-Amélie, fille de Georges Favre, il est déjà présent dans l’entreprise, où il s’impose comme un réformateur audacieux.
Face au fils unique du fondateur, Georges-Adrien, qui ne semble pas avoir pris part aux activités de l’entreprise, c’est Jämes-Albert qui devient le successeur naturel à la tête de ce qui allait devenir Zenith. C’est lui qui, fort de l’expérience rigoureuse héritée de son père, saura naviguer dans les crises financières (notamment celle de 1900 en Russie) et instaurer une vision commerciale globale, allant de la création d’agences internationales à l’étude attentive des méthodes de fabrication américaines. La rigueur de “l’école Favre” de Saint-Imier aura ainsi été le socle sur lequel s’est bâtie l’envergure internationale de la célèbre manufacture Zenith.
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Les origines et l’expansion de la maison Montandon Frères
La maison Montandon Frères, issue des Montandon-Blaiselion et fondée en 1790, a maintenu des établissements au Locle et à Paris. En 1850, Ulysse Montandon a quitté la société, laissant la direction unique à Charles-Adolphe Montandon (1820-1886). En 1851, la maison a transféré son établissement parisien à son représentant sur place, François Perrenoud jeune, qui a dès lors opéré sous son propre nom.
Influence économique et sociale à Neuchâtel
Au-delà de leur renommée industrielle, les membres de la maison Montandon Frères occupaient une place prépondérante dans la vie économique et sociale du canton de Neuchâtel, témoignant d’un prestige solidement établi. Leur influence s’exerçait notamment au sein des instances dirigeantes, comme en atteste leur participation active au conseil d’administration de la Banque de Neuchâtel, aux côtés des grandes dynasties horlogères de la région.
Distinctions internationales et expositions
La maison Montandon Frères a affirmé sa présence constante lors des grandes expositions internationales, accumulant les distinctions pour la qualité de sa production. Lors de l’Exposition de Paris en 1855, elle a obtenu une médaille d’argent, suivie en 1862 à Londres d’une présentation remarquée comprenant des montres de dames, des boîtes magiques, des échappements à tourbillon, ainsi qu’une montre à secondes indépendantes marquant les cinquièmes de seconde et un chronomètre de poche certifié par l’Observatoire de Neuchâtel. En 1867, Charles-Adolphe Montandon a exposé une montre à tourbillon bascule avec spiral plat Philipps (n° 19455).
La reconnaissance internationale s’est poursuivie à l’Exposition de Vienne en 1873 avec l’obtention d’une médaille de mérite, puis à Melbourne en 1881, où la maison a atteint le score maximal de 500 points avec un chronomètre de poche à remontoir de 19 lignes, doté d’un échappement à bascule et double renversement, ce qui lui a valu un diplôme en 1882 au sein de la délégation horlogère suisse récompensée.
Innovation et style en horlogerie: L’Exposition nationale Art et application de l’art à l’industrie de 1883
A souligné la capacité de la firme à allier précision et recherche esthétique. Les pièces exposées témoignaient d’une maîtrise des décors en relief, utilisant des jeux d’or et d’argent aux tons variés sur des motifs tels que le dragon ailé ou des scènes de chasse. À cette occasion, la diversité de la production était également mise en avant pour répondre aux spécificités des marchés internationaux : des modèles sobres pour le public anglo-saxon, contrastant avec des montres richement ornées destinées aux marchés espagnols et hispano-américains.
La crise de 1884 et le déclin
En 1884, la maison Montandon Frères a été frappée de plein fouet par la crise majeure qui a ébranlé l’horlogerie suisse durant cette décennie. La conjonction de la surproduction mondiale et de la concurrence acharnée des industries mécanisées a fragilisé les structures traditionnelles, précipitant la firme dans une situation d’insolvabilité critique. Bien qu’un concordat ait permis une éphémère poursuite des activités, cet épisode a marqué le début d’un déclin irréversible pour la maison, dont l’équilibre financier ne s’est jamais réellement rétabli.
Liquidation et héritage final
En 1887, la liquidation définitive de la maison Montandon Frères fut actée par la mise en vente de son stock restant. Un ensemble de plus de 6 000 mouvements, incluant des calibres à remontoir et à clé à divers stades de finition, fut confié à l’horloger Albert Boss, établi rue de la Côte au Locle. Ce dernier fut chargé de liquider ces stocks, allant de la production courante aux pièces compliquées, tout en proposant ses services pour finaliser ces garde-temps destinés aux différents marchés internationaux.
Après la liquidation définitive de la maison, Charles-Albert Montandon (1846-1903), fils de Charles-Adolphe et chef de la raison C-A Montandon successeur de Montandon Frères, a transféré ses activités commerciales à Samaná, en République dominicaine, où il a développé un commerce de cacao pour le chocolatier Russ-Suchard, tout en maintenant une procuration auprès d’Albert Boss pour la gestion de ses intérêts immobiliers et commerciaux subsistants au Locle. Charles-Albert Montandon est décédé en 1903, à l’âge de 57 ans.
Distinction historique : Montandon Frères et Montandon – Locle
Les mouvements et les caractéristiques techniques des savonnettes signées « Montandon – Locle », beaucoup d’entre eux montant des calibres LeCoultre, sont postérieurs à la période d’activité de « Montandon Frères Locle », ce qui exclut toute attribution à cette firme.
Ces montres doivent être attribuées à d’autres membres de la famille disposant des ateliers et des capacités techniques requises. Bien qu’il s’agisse d’une hypothèse de travail, cette conclusion est la plus cohérente avec les pièces conservées et permet de séparer clairement ces productions de l’activité historique de la maison d’origine.
Note. La maison Montandon Frères établie au Locle, dirigée par Charles-Adolphe Montandon et plus tard par son fils Charles-Albert, ne doit en aucun cas être confondue avec la société en nom collectif également dénommée « Montandon Frères », constituée par Paul et Alphonse Montandon à La Chaux-de-Fonds.
Sa Production Genre Espagne
Paul Boch (1837–1896), fils du commerçant Gustave-Emmanuel Boch, s’est imposé comme fabricant horloger à La Chaux-de-Fonds. Il s’est distingué par une gestion d’entreprise alliant production technique et vision commerciale tournée vers les marchés internationaux. Bien qu’intégré au tissu immobilier et social familial de la rue de la Balance, son parcours personnel s’est défini par un profil indépendant : acteur économique et figure publique au sein de la communauté.
En tant qu’établisseur, Paul Boch coordonnait divers spécialistes dans son atelier selon ses propres normes techniques, afin de répondre spécifiquement au marché espagnol. Sa stratégie commerciale reposait sur l’élargissement actif de son réseau de fournisseurs, garantissant ainsi la cohérence de son catalogue. Son intention de collaborer avec des fabricants réalisant « les mêmes genres », que ce soit pour les systèmes de remontoirs ou les pièces à clef, confirme qu’il imposait des standards techniques stricts. Cela lui permettait d’assurer l’homogénéité des pièces commercialisées sous sa direction. Son travail horloger se caractérisait par une intermédiation active et une quête constante de spécialisation technique. Dans les années 1870, il a utilisé les médias locaux pour nouer des relations avec des fabricants maîtrisant les échappements à ancre et à cylindre, gérant ainsi des pièces aussi bien à remontage qu’à clef.
Parallèlement à son activité industrielle, Boch a joué un rôle actif dans la sphère publique de La Chaux-de-Fonds. Son engagement civique s’est notamment manifesté par son intégration au sein de la Commission de l’Instruction publique. Au-delà de ses responsabilités locales, son positionnement social et professionnel l’a amené à évoluer au sein de l’élite horlogère de la ville, comme en témoigne sa présence, aux côtés de figures majeures telles que Constant Girard-Perregaux, Ch.-Ad. Juvet, Ch.-Aimé Grosjean, Louis Rozat, Georges Grandjean ou encore les membres des familles Perregaux et Imer-Guinand, dans les instances décisionnelles de la cité. Cet ancrage au cœur des réseaux d’influence chaux-de-fonniers s’est également reflété dans ses contributions à des causes humanitaires internationales, à l’instar de son soutien apporté aux blessés de l’armée américaine en 1864.
L’excellence et la qualité de la production de Paul Boch ont été officiellement reconnues sur la scène internationale lors de l’Exposition de Barcelone en 1889, où il s’est vu décerner une mention honorable.
L’excellence de ces pièces de Paul Boch transcende la simple précision mécanique, révélant une sophistication décorative qui s’accorde parfaitement au raffinement du goût isabélin espagnol alors en vigueur. La finesse de ses gravures — remarquable dans la profusion des motifs végétaux et des compositions classiques — ainsi que le choix minutieux de ses accessoires, tels que les chaînes à maillons ciselés, les médaillons porte-cheveux et les sceaux manuels, transforment la montre de poche en un véritable objet de distinction sociale. Chaque élément ne remplit pas seulement une fonction pratique, mais agit comme une extension du caractère et de l’élégance du propriétaire, consolidant l’ensemble comme un témoin privilégié de la culture matérielle du milieu du XIXe siècle.
Sur le plan technique, les guirlandes périmétrales en micro-relief de ses cadrans, délimitant avec précision les espaces réservés aux chiffres des multiples de cinq minutes, assuraient une lisibilité exemplaire. En structurant ainsi le cadran selon ses propres standards, Paul Boch imposait sa signature visuelle. Sa publicité nous permet de déduire que l’Espagne était le principal marché pour les montres Paul Boch.
Vers la fin de sa carrière, il a diversifié sa gestion économique en participant à l’administration de propriétés immobilières situées à des points stratégiques de la ville, comme la Place-Neuve et la rue de la Balance (*). Après son décès en décembre 1896, son héritage s’est traduit par un patrimoine immobilier considérable dans les rues du Manège et du Grenier, témoignant de son succès durant les décennies d’industrialisation neuchâteloise.
(*) Enfin, l’Ancien Manège de La Chaux-de-Fonds, acquis et transformé par Gustave-Emmanuel Boch en 1864, reste l’une des réalisations emblématiques du patrimoine industriel suisse de cette époque.