Sa Production Genre Espagne
De Constant Othenin-Girard à Girard-Perregaux : Alliance matrimoniale et identité de marque
La marque Girard-Perregaux repose sur un embryon technique familial profond et solide : la figure d’Henri Perregaux, maître horloger renommé du Locle. Actif et respecté lors des premiers concours de l’Observatoire Cantonal — où l’institution elle-même adopta des chronomètres de sa fabrication, dotés de compensations inverses complexes pour la métrologie de ses salles d’essai —, Henri Perregaux apporta le fond et le lignage de la haute chronométrie que la génération suivante hériterait.
Le pont définitif est jeté après le mariage célébré en 1854 entre l’horloger Constant Othenin-Girard (1825–1903) et Marie Perregaux (1831–1912), fille d’Henry. En unissant les deux familles, la nouvelle manufacture, qui opte pour le nom Girard-Perregaux, n’incorpore pas seulement le patronyme, mais assume également la séquence et la tradition de l’atelier du Locle.
L’expansion de la firme s’appuya fermement sur la structure familiale en intégrant les frères de Marie : François Perregaux introduisit avec succès la marque sur le marché asiatique, tandis qu’Henri et Jules gérèrent la distribution stratégique sur le continent américain.
La Spécialité des Montres à Double Cadran (Double-Face)
Dans la production de la manufacture au cours du dernier tiers du XIXe siècle, une variante de haute complexité technique et de somptuosité se distingue : les montres de poche à double face, ou double-face, avec des cadrans richement ouvragés. Ces pièces, généralement montées dans des savonettes précieuses à trois couvercles en or 18 carats, finement ciselées et gravées de motifs floraux et de guillochis, organisent l’information horaire sur deux cadrans : le cadran principal indique l’heure ; le cadran arrière abrite un mécanisme de complication supplémentaire sur un cadran ajouté, dédié au calendrier complet, avec les indications de date, jour de la semaine, mois et phases de la lune, explicitement libellées en espagnol (comme ENE, FEB, MAR ou DOM, LUN, MAR), ne laissant aucun doute sur leur marché de destination.
Cette typologie de grand luxe combinait la richesse ornementale extérieure avec la haute précision des calibres équipés de balanciers compensés, de spiraux Breguet ou sphériques, et d’échappements à ancre ou à détente, représentant le standard ultime de prestige de la manufacture.
Le Développement du Calibre à Trois Ponts Parallèles et la Certification Chronométrique
Il est caractéristique de la firme d’avoir reconfiguré l’architecture des mouvements en unifiant la fonction de support avec une géométrie linéaire et symétrique de ses calibres. Conçu vers 1860, ce calibre dispose le rouage dans un axe vertical strict qui relie le barillet — situé en partie supérieure — à l’organe régulateur — placé dans la section inférieure. Les composants sont fixés au moyen de trois ponts parallèles indépendants, au profil hexagonal allongé ou en forme de flèche.
Sur le plan régulateur, la cage du tourbillon a abandonné la structure conventionnelle à trois bras pour adopter un design à deux cornes latérales opposées. La production de ces mécanismes a nécessité la collaboration de régleurs spécialisés ; les archives historiques mentionnent, vers 1875, des exemplaires équipés d’organes régulateurs exécutés par l’artisan Ernest Guinand.
La performance et la précision de ces calibres ont été évaluées de manière systématique lors des concours de régulation de l’Observatoire de Neuchâtel dès le milieu des années 1860. Ainsi, en 1867, un exemplaire de la firme a obtenu le prix de première classe.
En 1883, lors de l’Exposition Nationale de Zurich, la firme a exposé trois vitrines mettant en avant la simplicité structurelle de ses calibres et l’inclusion d’échappements à tourbillon, qualifiés de tour de force de la mécanique régionale. Lors de ce concours, douze bulletins de marche officiels émis par l’Observatoire de Neuchâtel ont été présentés, attestant des variations quotidiennes extrêmes à partir de 0,13 seconde, avec une moyenne générale de 0,377 seconde pour l’ensemble, incluant un tourbillon de 14 lignes.
La trajectoire de la firme dans les certamens comprend la première médaille à l’Exposition de La Chaux-de-Fonds (1881), la médaille de bronze à Paris (1867), le Prix du Concours de Neuchâtel (1886) et la médaille d’or à Paris (1889) pour le célèbre modèle “La Esmeralda”.
En décembre 1883, Girard-Perregaux a déposé un brevet aux États-Unis, détaillant le schéma technique et la disposition géométrique des trois ponts en forme de flèche, garantissant ainsi leur protection légale. Ce brevet, accordé sous le numéro D-14919, a compté Ariste Guinand et Jules Perret parmi ses témoins.
Soucieuse de couvrir différents segments du marché, Girard-Perregaux a développé une série de marques de fabrique telles que El Águila de Oro, Comet, Anchor, Empress, Sport, Stella, Dolphin, Cosmos, Fleurette ou Monte-Cristo, qui, sans sacrifier son essence horlogère, se sont orientées vers un public plus large.
À gauche: Girard-Perregaux, Chaux de Fonds, Mouvement N° 47308, Boîte N° 47308, 53 mm, 137 g, vers 1868 Une montre de poche de précision à savonnette, remarquable et décorative. Boîte : or 18K, guillochée, carrure cannelée, cuvette en or gravée et guillochée, signée « Cronometro, Exposition Universelle, Paris 1867 » und « Girard Perregaux, Chaux de Fonds », système de remontage et de mise à l’heure direct, composé de deux pièces circulaires aux anneaux articulés qui se relèvent pour l’usage et se rabattent à plat, poinçon de fabricant de boîte « PMAF », intérieurs des couvercles richement guillochés. Cadran : argenté, ornements floraux en or appliqués, ciselé, heures romaines radiales, petite seconde, aiguilles Fleur-de-Lys en acier bleui. Mouvement : à ponts, rhodié, décoré de côtes, spiral sphérique bleui sans raquette (freesprung), balancier chronomètre avec 4 vis et 2 masselottes en or de forme elliptique, ancre contre-balancée, contre-pivot en diamant sur chaton pour le balancier, l’ancre et la roue d’échappement.
À droite: Montre poche Girard-Perregaux n° 40114, 54 mm, 145 g, vers 1867. Échappement à détente pivotée. Boîte : or 18K., poinçon de fabricant de boîte « FN ». Cadran argenté, gravé de motifs floraux, heures romaines radiales, petite seconde, aiguilles tulipe en acier bleui. Mouvement : platine 3/4, remontage à clé, nickelé, décoré, fusée et chaîne, chatons en or vissés, balancier chronomètre bimétallique avec 2 vis et 2 masselottes, spiral sphérique bleui, contre-pivot en diamant pour le balancier.
La Reconnaissance Internationale, l’Absorption de 1906 et l’Époque Contemporaine
Le parcours impeccable accumulé et sa renommée institutionnelle bien établie ont permis à la direction de la manufacture d’atteindre les plus hautes sphères de représentation internationale. Lors de l’Exposition Universelle de Paris en 1900, la firme a participé hors concours, avec Constant Girard-Gallet, fils des fondateurs Constant Othenin-Girard et Marie Perregaux, intégré en tant que membre du jury international, après avoir exercé des fonctions similaires sur désignation du Conseil Fédéral Suisse à l’Exposition d’Amsterdam, ainsi que le rôle de Président du Jury à l’Exposition de Liège en 1905.
En 1906, Girard-Perregaux et Cie, alors dirigée par Constant Girard-Gallet, a acquis et absorbé la prestigieuse ancienne maison genevoise J.F. Bautte et Cie, qui avait été reprise par J. Rossel Fils, alors entre les mains de son ami et parent Juan Hecht.
La sensibilité pour la précision chronométrique et l’architecture linéaire de ses mouvements a distingué la manufacture jusqu’à nos jours.
Liste de quelques chronomètres de poche Girard-Perregaux présentés au concours de l’Observatoire cantonal de Neuchâtel au XIXe siècle, qui permettent de retracer leur production et leur chronologie grâce à leurs numéros de série. Ces records, réglementations et caractéristiques techniques offrent un aperçu détaillé de l’évolution de l’horlogerie de précision de l’époque.
| Anne | N° de série | Description technique | ||
| 1865 | 35121 | Tourbillon-bascule-Breguet. Variation 0,32″. 4e Observatoire Cantonal | ||
| 1870 | 50000 | Estimation | ||
| 1872 | 57548 | Bascule-Tourbillon-Sphérique-Clé. Variation 0,50″. 57e. | ||
| 1872 | 57550 | Bascule-Sphérique-Clé. Variation 0,56″. 74e. | ||
| 1872 | 59932 | Bascule-Tourbillon-Plat-Remontoir. Variation -0,35″. 60e. Quantième, perpétuel et phases de lune. | ||
| 1873 | 70000 | Estimation | ||
| 1875 | 74684 | Ancre-Sphérique. Réglé par Jacot. 17e | ||
| 1875 | 74686 | Bascule-Sphérique. 16e | ||
| 1876 | 76579 | Premier prix. | ||
| 1875 | 80643 | Tourbillon à ressort. Spiral plat Phillips. Remontoir. 0,17″. 5e Prix | ||
| 1876 | 80647 | Tourbillon à bascule. Spiral Breguet. Remontoir. 0,17″. 8e Prix | ||
| 1876 | 80648 | Troisième prix. Tourbillon à bascule. Spiral plat Phillips. | ||
| 1876 | 80957 | Chronomètre à tourbillon. Premier prix. E. Guinand | ||
| 1876 | 81022 | Bascule. Cylindre. 19e. Réglé par Jacot | ||
| 1878 | 87321 | Tourbillon à bascule. Spiral plat Phillips. 8e Prix. Réglé par Jacot | ||
| 1879 | 87312 | Ancre-Spiral plat à deux courbes Phillips. 3e prix. 110 fr. | ||
| 1882 | 85446 | Ancre-Cylindre à deux courbes Phillips. 27e. J. Jacot | ||
| 1882 | 100948 | Ancre-Plat Phillips. Avec chronographe | ||
| 1883 | 87319 | Ancre-Spiral Phillips à deux courbes. 7e prix. Réglé Paul Perret | ||
| 1883 | 105304 | Ancre-Plat Phillips. J. Jacot | ||
| 1885 | 87316 | Ancre-Spiral Phillips. 6e prix. Réglé Paul Perret | ||
| 1885 | 79993 | Bascule-cylindre. 8e. Réglé Borgstedt | ||
| 1885 | 111543 | Ancre-Plat Phillips. Réglé Borgstedt | ||
| 1885 | 119404 | Ancre-Plat Phillips. 20e. Réglé Borgstedt | ||
| 1888 | 119407 | Ancre-Plat Phillips. 36e. Réglé Borgstedt | ||
| 1885 | 119408 | Ancre-Plat Phillips. 1er prix. Réglé Borgstedt | ||
| 1886 | 109964 | Prix Concours Neuchâtel 1886 | ||
| 1888 | 119411 | Ancre-Plat Phillips. 9e. Réglé Borgstedt | ||
| 1888 | 119415 | Ancre-Plat Phillips. 1er prix. 120 fr. Réglé Borgstedt | ||
| 1888 | 163319 | Bascule-Cylindre. À fusée | ||
| 1888 | 165841 | Ancre-Breguet. Triple quantième, phases de lune, répétition à minutes et chronographe. | ||
| 1889 | 168230 | Échappement à tourbillon. Spiral plat Phillips. 2e prix. | ||
| 1890 | 140891 | Ancre-Spiral plat à deux courbes Phillips. 29e. Réglé Wehrli | ||
| 1890 | 140893 | Ancre-Spiral plat à deux courbes Phillips. 20e. Réglé Wehrli | ||
| 1890 | 168418 | Tourbillon-Plat Phillips. 64e. Réglé Borgstedt | ||
| 1890 | 187648 | Ancre-Breguet. Réglé Z. Plantillon. Répétition à minutes, quantième et chronographe | ||
| 1891 | 189117 | Tourbillon-Plat Phillips. 6e. Réglé Wehrli | ||
| 1891 | 189119 | Tourbillon-Plat Phillips. 1er prix. Réglé Borgstedt. Présenté à nouveau au concours en 1900, réglé Wehrli. | ||
| 1891 | 197183 | Ancre-Breguet. 12e. Réglé Wehrli | ||
| 1892 | 189120 | Tourbillon-Spiral plat à deux courbes Phillips. 2e. | ||
| 1892 | 197186 | Ancre-Spiral plat à deux courbes Phillips. 9e. Réglé Borgstedt | ||
| 1892 | 197187 | Ancre-Spiral plat à deux courbes Phillips. 15e. Réglé Borgstedt | ||
| 1892 | 213053 | Ancre-Spiral plat à deux courbes Phillips. 20e. Réglé Borgstedt | ||
| 1892 | 213875 | Bascule-Spiral plat à deux courbes Phillips. 11e. Réglé Borgstedt | ||
| 1897 | 257864 | Ancre-Spiral plat Phillips. 51e. Réglé Wehrli | ||
| 1897 | 267622 | Ancre-Spiral cylindrique à deux courbes Phillips. 1er prix. Réglé Wehrli | ||
| 1899 | 235996 | Fabriqué pour Paul Sandoz et Cie. Ancre-Spiral plat à deux courbes Phillips. | ||
| 1899 | 273164 | Ancre-Spiral plat Phillips. Réglé Wehrli | ||
| 1899 | 273165 | Ancre-Spiral plat Phillips. Réglé Wehrli | ||
| 1899 | 274749 | Ancre-Spiral plat Phillips. Réglé Wehrli | ||
| 1900 | 274750 | Ancre-Spiral plat Phillips. Réglé Wehrli | ||
| 1900 | 276832 | Ancre-Spiral plat Phillips. Réglé Wehrli | ||
| 1900 | 278829 | Ancre-Spiral plat Phillips. Réglé Wehrli | ||
| 1900 | 278830 | Ancre-Spiral plat Phillips. Réglé Wehrli |
Sa Production Genre Espagne
La Saga Cortébert : Tradition et Innovation Familiale
La Maison Cortébert occupe une place unique dans l’histoire horlogère, marquée par sa longévité et sa continuité familiale ininterrompue au sein de la dynastie Juillard, depuis la fin du XVIIIe siècle. Tout commence avec Adam-Louis Juillard, fondateur de cette lignée, qui ouvre en 1790 à Sonvilier, bourgade du vallon de Saint-Imier, un modeste comptoir d’horlogerie. Ce village, situé à une dizaine de kilomètres de La Chaux-de-Fonds, fut l’un des premiers foyers de la fabrication horlogère dans le Jura neuchâtelois.
Un document d’archives mentionne Adam-Louis Juillard dès 1784, année où il épouse la fille du notaire Jean-Henri Juillard. Horloger complet, il travaille lui-même à l’établi, emploie du personnel à domicile et dans son comptoir, et vend ses montres, effectuant même le long voyage jusqu’à Paris en diligence. Les archives conservent une de ses créations, datée de 1804 : une montre à mouvement à roue de rencontre, logée dans une boîte en argent massif.
L’Expansion et l’Innovation
En 1830, Lucien Juillard, fils d’Adam-Louis, reprend l’entreprise et la transfère à Saint-Imier, alors capitale industrielle du Vallon. Il en devient le maire pendant plusieurs années. En 1848, lors de l’Exposition industrielle suisse à Berne, il présente six pièces, dont une savonnette en or, qui obtiennent une mention favorable du jury.
En 1850, son fils, Albert Juillard-Morel (1828–1909), prend les rênes de l’entreprise avec son frère Édouard (1829–1878). Ensemble, ils héritent du comptoir familial basé à Saint-Imier. Au début des années 1860, ils achètent des locaux d’une ancienne filature à Marin, près de Neuchâtel, pour y fabriquer mécaniquement des montres à remontoir. Albert n’y reste cependant pas longtemps et laisse l’affaire à Édouard.
En 1864, Albert s’associe avec plusieurs fabricants horlogers de la région, dont Pierre-Henri Raiguel-Chopard (1809–1898), pour créer une fabrique d’ébauches sous la raison sociale « Raiguel Juillard & Cie », plus connue sous le nom de Cortébert Watch Co. La même année, il fonde à Cortébert une manufacture d’ébauches, profitant des conditions favorables et de la force hydraulique de la Suze. En 1865, il inaugure une infrastructure de pointe, transformant l’établissage traditionnel en une manufacture industrielle, prenant une avance décisive de plus de dix ans sur le secteur. Ce bâtiment devient le symbole du progrès pour le village.
Sous la direction d’Albert, Cortébert connaît une intégration verticale majeure : il unifie la production des calibres pour garantir indépendance et qualité. Après 75 ans d’existence comme établissage, la maison Juillard devient une manufacture grâce à cette intégration, marquant une avancée significative dans l’évolution horlogère.
En 1887, des désaccords avec ses associés poussent Albert à sauver l’affaire in extremis en la reprenant avec ses fils Henri (1853–1911) et Émile (1864–1907), sous la raison sociale « Juillard Frères ». Dès lors, la Cortébert Watch Co perpétue une renommée devenue internationale. Par ailleurs, Albert, attiré par les questions d’instruction publique, devient président des écoles du Vallon de Saint-Imier.
L’Héritage d’Albert Juillard-Morel
Albert Juillard-Morel est également lié à la création des premières sociétés Longines : Raiguel Jeune & Cie (1833–1838), puis Agassiz & Cie (1838–1846), et enfin Auguste Agassiz (1846–1850), aux côtés de Florian Morel et Pierre-Henri Raiguel-Chopard.
En 1887, ses fils Henri et Émile reprennent l’entreprise, qui devient l’un des fleurons de l’horlogerie jurassienne. En 1940, Cortébert célèbre ses 75 ans en tant que manufacture. Les successeurs de la cinquième génération — Ernest, Émile, Charles, Albert et Henri — perpétuent cet héritage.
La Production sous la Marque Juillard Morel
L’héritage d’Albert Juillard-Morel est indissociable de la maison Cortébert, mais certaines pièces portent également la signature Juillard Morel. Dans les années 1950, la production est signée Juillard Frères Morel, témoignant de la collaboration étroite avec sa famille politique et son frère Édouard. Plus tard, le marquage Juillard Morel identifie la production réalisée par Albert, dans le respect de la tradition familiale. La montre « genre espagnol » présentée ici en est un exemple concret.
De l’Apogée à la Mutation Industrielle
Après la disparition d’Albert, ses héritiers continuent d’étendre le prestige de la maison. Au XXe siècle, Cortébert doit s’adapter aux bouleversements industriels :
- En 1927, elle est intégrée à Ébauches S.A.
- En 1962, elle est acquise par le groupe SSIH-Omega.
Malgré son excellence dans les chronomètres de précision et les montres de chemin de fer, la crise du quartz des années 1970 met fin à la production sous la marque Cortébert. Les sites ferment définitivement en 1984.
Cette réussite historique repose sur une solidarité exemplaire : la technique exige une collaboration étroite et une confiance réciproque entre dirigeants et personnel, une entente qui ne s’est pas démentie pendant un siècle et demi. C’est ce viatique d’honnêteté et de conscience, incorporé à chaque montre Cortébert, qui en a fait la réputation universelle.
Posséder une pièce de cette manufacture aujourd’hui, c’est préserver le témoignage d’une lignée qui, pendant près de deux siècles, a su allier maîtrise technique, clairvoyance industrielle et dévouement à « l’œuvre commune ».
Sa Production Genre Espagne
De l’établissement horloger neuchâtelois aux pionniers de la pendule électrique secondaire.
Louis-Philippe Robert-Maret, né Robert-Charrue, naît le 15 mai 1843 aux Ponts-de-Martel (Neuchâtel). Issu d’une famille d’établisseurs menée par son père, Philippe Henri (1795–1864), et allié par sa mère à la famille Breguet, il grandit immergé dans le tissu industriel des montagnes neuchâteloises.
Après la mort de son père en 1864, il assume un rôle actif dans l’industrie et figure durablement dans les registres comme fabricant d’horlogerie. En 1869 et 1871, il est recensé aux Ponts-de-Martel tout en étendant son rayon d’action à La Chaux-de-Fonds, documenté en 1871 au 4 de la Rue de la Demoiselle dans la production d’ébauches et de montres de poche.
Le 21 octobre 1874, son union avec Elisabeth Marie Maret — fille du négociant et fabricant d’horlogerie Edouard François Maret — scelle bien plus qu’une alliance conjugale : en franchissant le seuil de l’atelier de son beau-père, sis au numéro 5 de la rue de l’Industrie à Neuchâtel, il y transfère son art et sa vie. Ce déplacement physique et professionnel vers le foyer paternel marque le véritable ancrage de sa destinée neuchâteloise. Ce tournant vital le conduit à adopter la marque et nom commercial de Robert-Maret. Installé fermement au à Neuchâtel, son est associe la haute horlogerie à des initiatives commerciales singulières, telles que la vente directe de vins de Málaga annoncée fin 1879. Sur le plan personnel, la famille s’intègre pleinement dans la bourgeoisie neuchâteloise.
Le 24 février 1883, les registres réaffirment sa position de chef de la maison L. Ph. Robert. Cette même année, sa maîtrise technique atteint un sommet officiel lors des concours de l’Observatoire de Neuchâtel avec la montre n° 8151 (échappement à bascule et spiral cylindrique à deux courbes, régulé par Kaurup).
Au-delà de son activité de fabricant, Louis-Philippe Robert-Maret s’implique activement dans la vie institutionnelle et la transmission du savoir horloger à Neuchâtel. En 1884, peu avant d’affronter le deuil de son beau-père, Édouard Maret, son autorité professionnelle est officiellement reconnue par sa nomination au sein de la Commission de l’École d’horlogerie. Il y siège aux côtés de figures majeures de la science et de l’industrie régionale, notamment le Dr Adolphe Hirsch, le pionnier de l’horlogerie électrique Mathias Hipp, ainsi que d’éminents acteurs du secteur tels que David Perret, Alfred Perregaux, Paul Humbert, Charles Matthey ou Jules Sandoz. Cette contribution directe à la formation technique et au rayonnement de l’institution illustre pleinement son engagement au cœur de l’élite horlogère neuchâteloise.
Le 27 octobre 1886, la maison octroie un pouvoir formel à son épouse, tout en la consacrant comme unique chef de maison. Les guides de l’époque le lient aux marchés de style espagnol et italien. Le 12 mars 1887, le tribunal civil de Neuchâtel convoque ses créanciers pour homologuer un concordat face aux difficultés financières. La bâche économique surmonté, l’atelier fonctionne à nouveau en 1889 au troisième étage de la rue de l’Industrie, recherchant activement de la main-d’œuvre hautement qualifiée.
En 1891, la marque figure parmi les fabricants d’élite de Neuchâtel et brille à l’Observatoire avec la montre n° 21228 (Échappement à ancre et spiral plain Phillips, régulée par A. Schilt-Bolle). C’est également cette année-là qu’il dépose le brevet n° 3893 pour un « Échappement à longue bascule perfectionné », une innovation combinant la bascule d’un bras de sûreté pour l’arrêt du rouage, et d’un plateau avec cheville demi-cylindrique. En 1892, sa publicité met en valeur une spécialité de mouvements de 19 à 21 lignes (chronomètres, bascules, ancres avec ou sans bulletin), consolidée dans les annuaires de 1893.
Le nom de Louis-Philippe Robert disparaît des répertoires en 1894 et sa radiation officielle est publiée le 10 janvier 1895. Durant ce long silence apparent, son épouse maintient une vive activité au 5 de la rue de l’Industrie : accueil, cours de langues, dépôts textiles et réseaux familiaux transnationaux.
Loin de constituer une inactivité absolue, ce silence documenté dans les circuits traditionnels cache vraisemblablement un laborieux repli de recherche et développement. On peut légitimement supposer que Louis-Philippe s’est consacré à résoudre les défis complexes de la synchronisation électrique et de la miniaturisation des sonneries. Les recherches futures dans les fonds de brevets inédits permettront sans doute de lever le voile définitif sur les laboratoires où s’est ourdie cette transition technique.
Louis-Philippe Robert-Maret réapparaît sur la scène technique en 1903 en commercialisant des systèmes de mouvements appliqués aux pendules électriques secondaires à minutes avec sonnerie (heures et demies), protégés par le Brevet 30281 (et le dispositif moteur associé sous le n° 26707). Ces robustes mécanismes s’adaptaient à tout type de cabinet et étaient signés au nom de L.-Ph. ROBERT-MARET à Neuchâtel.
La patente CH26707A, déposée par Louis-Philippe Robert-Maret et publiée le 15 octobre 1903 sous le titre « Dispositif moteur d’un mécanisme de sonnerie dans une horloge électrique secondaire à minutes », marque un jalon décisif dans l’évolution de l’horlogerie électrique. Ce brevet, complétant son système antérieur, a non seulement consolidé sa réputation comme pionnier des pendules électriques secondaires, mais a aussi inspiré de nombreuses innovations ultérieures. Les citations postérieures, témoignent de l’influence durable de ses travaux sur les mécanismes de sonnerie, les dispositifs moteurs et même les systèmes de fixation et d’ajustement dans l’horlogerie, prouvant ainsi que ses contributions ont posé les bases de développements techniques majeurs dans ce domaine.
Après le décès de sa belle-mère en 1907, les demoiselles Robert-Maret accueillent chez elles dès 1908 de jeunes filles en pension. Le 25 juillet 1916, Louis-Philippe Robert-Maret s’éteint à Neuchâtel à l’âge de 74 ans. L’avis de décès, mentionne ses enfants établis en Angleterre, à Fleurier et à Neuchâtel, scellant l’itinéraire d’un pionnier entre tradition mécanique et modernité électrique.